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Chapi Montagne
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7 juillet 2020

VEPMSP

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VEPMSP, un acronyme administratif un peu barbare mais qui marque officiellement que je suis moniteur d’escalade stagiaire, et que je peux maintenant encadrer du public en tant que professionnel (sous supervision de ma tutrice). Pour être précis, il signifie Validation aux Exigences Préalables à la Mise en Situation Pédagogique. Pourtant, avec la crise du Covid-19, l’affaire n’était pas gagnée. Notre responsable de formation, David Godefroy, avait déjà réussi à organiser plusieurs sessions de formation à distance pendant le confinement, afin de nous permettre d’avancer dans le programme de formation, mais, il devenait impératif de passer à la pratique pour obtenir ce statu.

Ainsi, quelques jours après de déconfinement, trois semaines de formation ont été organisées à Buoux. La première semaine fut consacrée à une révision des manips de sécurité (assistance et secours) avec un examen de validation le vendredi (certification de l’O.I.4.2). Dans le cadre de la formation, nous avons une dizaine de manips à connaitre : différents types de mouflage (du plus simples au plus compliqués), des techniques d’assistance sur rappel (par le haut ou le bas), des manips de secours d’un blessé pour le ramener au relais inférieur ou supérieur, de l’aide au leader en difficulté, des réchappes, et enfin une manœuvre très théorique « le rajout de corde sous tension ». Toutes ces manips ont été imaginées pour répondre à des situations d’assistance et secours dites « possibles », même si la dernière relève d’une probabilité proche de loi de Murphy fois dix avec un jour sans… La situation du rajout de corde sous tension est : descendre un blessé, inconscient ou incapable de se déplacer, avec un deuxième grimpeur valide mais une corde coupée ou trop courte pour atteindre le prochain relais en-dessous, et les secours ne peuvent pas venir de chercher. Bref, un jour où tu demandes pourquoi les évènements s’acharnent sur toi… Même les formateurs ont bien conscience que cela n’arrive jamais, mais le but est de se constituer une boite à outils qui nous permettra d’imaginer une manip adaptée à une situation particulière.

Un nœud de mule

Encore une fois, mon expérience alpine m’a été très utile dans ce module. D’une part, je connaissais déjà une grande partie des nœuds de base (cabestan, demi-cab, papillon, nœud cœur, nœud de mule, etc.), ainsi que tous les mouflages, et certaines techniques de réchappes. Imaginez que certains camarades (très forts grimpeurs) sont entrés en formation en ne connaissant que le nœud de huit ! Dur dur de tout intégrer en quelques semaines, mais tout le monde a réussi, moyennant un rattrapage pour cinq d’entre nous. Personnellement, mon épreuve s’est déroulée sans souci. La première manip fut tirée au sort via une procédure indiscutable : « Donne-moi un chiffre entre 1 et 2 ». Je tombais donc sur: aider de deux manières différentes un second coincé quelques mètres en dessous du relais. Ma réponse fut simple. Première méthode : aller, j’envoie une boucle de corde avec un mousqueton que le second accroche à son pontet et tout monde tire comme des bruts. Temps de mise en œuvre 30 secondes ! Il me restait encore 29 minutes et 30 secondes pour la deuxième méthode. J’ai choisi un mouflage par 3. Temps de mise en œuvre : 30 secondes… Voyant que mes examinateurs étaient un peu dépités, je leur ai parlé du mouflage Mariner pour faire bien. Mais la première épreuve était validée. La deuxième était un peu plus compliquée. Par la fameuse méthode de tirage au sort, je suis tombé sur la situation où je devais secourir un second blessé et le redescendre au relais : un « Douilleton » en jargon Aixois. La même manip a un autre nom au CREPS de Vallon. Les inventeurs de cette manip auraient fait leur découverte en même temps et l’ont nommée en dérivant leur nom, en l’occurrence pour nous il s’agit de « Bruno Douillet » formateur à Aix depuis des décennies et expert en manips !  Là aussi, c’est une manip que je connaissais très bien, mais le temps de mise en œuvre est plus long. J’ai dû mettre une vingtaine de minutes sur les trente minutes imparties. La dernière épreuve était la même pour tous, il s’agissait du rajout de corde sous tension. Ce n’est pas compliqué, mais un petit grain de sable peut tout faire capoter. J’ai donc bien pris mon temps pour ne pas faire d’âneries, et tout a roulé. 

Lorraine dans la fin de la voie franco-belge

Pour le week-end, Lorraine et Bertille m’ont rejoint à Buoux. Ce fut l’occasion de partager avec elles une partie des bons moments que nous passons tous ensembles. Une très grande majorité de la promo faisait du camping sauvage sur le plateau de Buoux : apéro et diner commun tous les soirs dans une ambiance de fête! Je me suis cru en colonie de vacance pour ados. Ce qui est encore plus sympa, c’est que le groupe a tout de suite intégré Lorraine et Bertille en s’intéressant à eux. Du coup, Lorraine était impatiente de revenir le week-end suivant où le défi fut de cuisiner une tartiflette pour 20 personnes à la poêle. Et oui, ça marche ! Ce fut un régal, malgré les presque 30 degrés de température ambiante. J’en profitais aussi pour grimper quelques belles classiques avec Lorraine et Bertille.

Lors de la deuxième semaine, nous avions aussi une partie des personnes du « public support » qui campaient avec nous. Youri, Alex et Valentin ont ainsi pu profiter également de l’ambiance. C’était vraiment sympa de les voir. Le soir tout le monde trinquait dans le même verre, le jour nous respections les gestes barrières : gel hydroalcoolique et masque si moins d’un mètre… Lors de cette deuxième semaine, nous avons encadré des groupes de grimpeurs débutants en grande voie. Le choix des itinéraires n’était pas simple, car le ticket d’entrée à Buoux commence à 5b et il y en a peu. Heureusement, nous avions plusieurs jours de préparation pour tester différentes formules. Une figure locale de la grimpe, « Snoop », est aussi venue pour nous donner des conseils sur le choix des voies, agrémentés d’anecdotes de la bonne époque « Edlinge » (Edlinger pour les non-avertis) et de commentaires sur les grimpeurs que l’on voyait évoluer au loin « Mais non faut changer de pied à ce moment, horrr… ! ». Ces palabres en agaçaient plus d’un dans la promo ; personnellement, j’écoutais avec amusement. C’est comme écouter un vieux combattant de la guerre de 14 qui mélange un peu tout. Il faut savoir faire le tri, mais il y a toujours quelque chose d’intéressant à entendre (j’espère que ce sera mon cas dans quelques dizaines d’années ;-).

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Comme d’habitude, j’étais en binôme avec Théo. Notre premier groupe était constitué de Julie, Lucie et Didier (un futur prétendant au D.E.). Après un rappel sur les relais et une initiation au SAR, nous les avons emmenés grimper la voie du Goitre, une vieille voie 6a classique et patinée du secteur DSF. Avec Didier en tête je n’étais pas très inquiet (même si j’ai dû rectifier des petits soucis sur la mise ne place du relais). Je me suis surtout concentré à aider Julie et Lucie, qui étaient très réservées sur leurs capacités, mais qui finalement grimpaient très bien. Théo a pris la suite de l’encadrement lors sur la deuxième partie où nous avons pu faire tourner le premier de cordé et réviser la descente en rappel. Pour cette première session, David Godefroy était notre encadrant. Comme à son habitude, il nous passait des petits conseils de manière très pédagogiques quand il entrevoyait un potentiel souci. Je suis toujours épaté par sa manière d’enseigner.

Didier dans le toit de la Béda

Après une journée de « repos » à tenter de passer un 7a à Buoux (j’avais jeté mon dévolu sur « rose des sables »), nous avons encadré un autre groupe : Olivier, Didier et Ophélie (elle aussi future prétendante au D.E.). Notre encadrant était Bruno. Du coup, avec Théo, nous nous sommes dit que nous pourrions faire un coup : emmener ce groupe d’un bon niveau dans la voie la « Béda » où Patrick Edlinger se pendait à un bras, en solo, dans le surplomb final pour une pub Grany. Bruno nous en avait parlé plusieurs fois, mais nous ne savions pas qu’il n’avait jamais fait cette voie. Au final, coup double : des grimpeurs enchantés avec des photos légendaires (bon pas en solo et avec deux friends en plus pour la sécu) et un encadrant aux anges (Quels fayots ont fait ! Des fois, je me dégoûte ;-). Bruno me fit tout de même une petite remarque qui a eu un impact pour la suite : j’ai tendance à infantiliser les clients…

Pendant ce deuxième week-end avant la troisième semaine, Youri m’encouragea ardemment dans « rose des sables », mais malgré plusieurs essais, je n’ai pas réussi à enchaîner. Je reviendrais. Pendant ce temps, les camarades de promo tombaient les 7c et 8a à vue en mode serial-climbers…

Même si, la VEPMSP se joue normalement sur une épreuve finale, David nous avait toutefois prévenus que les deux sessions de préparation comptaient dans l’évaluation. Pour faire court, si tout se passait bien en deuxième semaine, la VEPMSP était quasiment acquise, sauf grosse faute de sécurité le jour J ! Pour cette dernière épreuve, nos encadrants étaient « Snoop » et Olivier Guidi (le responsable de la formation canyoning). Me sentant confiance, j’ai voulu mettre en œuvre un scénario d’encadrement que j’avais imaginé pendant la formation à distance lors du confinement. Sur le papier, nous avions deux cordées d’un niveau raisonnable : Adeline, une grimpeuse sympa qui évolue dans le 5c ; Thomas, un jeune grimpeur dans le niveau 6a/6b ; Luc, un vieux baroudeur (25 ans d’expérience) qui grimpe dans le 6a ; et Pauline, sa fille, une ado peu expérimentée, mais très à l’aise dans le 6a. Mon scénario était simple : faire grimper deux cordées autonomes en parallèle en se postant sur une corde fixe au milieu afin de pouvoir assister tout le monde dans leur progression. La veille, nous sommes allés installer une corde fixe de cent mètres et avons adapté les voies pour réduire l’exposition, mais quand je présentais le plan à nos encadrants, je vis une petite moue sur leur visage. Le résultat ne fut pas au niveau de mes attentes. Après un rappel sur les relais, j’ai envoyé les deux cordées en léger décalé. Luc était dans un 5c un peu teigneux que j’avais aménagé (« cœur de pierre »). J’ai commencé à réaliser que son niveau 6a n’était si solide que je l’espérais. Je me rassurais en me disant que la suite était une longueur en 6a dans un style plus moderne (« pepsicoman »). De son côté, Thomas avançait bien dans le dièdre jaune, un 6a finissant sur dans un surplomb sur bonnes prises, mais 6a semblait aussi être sa limite. La suite de la voie pour lui était d’un niveau 6b (« mauvaises langues »). Je gardais aussi un œil sur Pauline qui l’assurait. Quand Luc arriva au relais, j’allais le voir pour rectifier les petits détails, puis je passais à Thomas à qui je montrais la méthode des nœuds pour gérer sa corde au relais (c’était une de ses demandes). Puis, je redescendis voir Adeline et Pauline qui commençaient à grimper. Adeline n’était pas sereine dans le 5c, Pauline avançait bien. Je commençais à bien transpirer à force de monter et descendre sur la corde fixe. La deuxième partie de voie fut bien longue. Luc et Thomas étaient taquet dans leur voie respective. J'ai dû faire plusieurs interventions pour rallonger des dégaines et faciliter la progression. Thomas s’arrêtait à tous les points et je voyais que Pauline avait de grosses difficultés à gérer les nœuds utilisés pour ranger la corde au relais. Cela « puait » les emmerdes. A un moment, Pauline cria pour la nième fois « j’ai un nœud ». Je lui répondis « Bah, enlève-le ». Et elle s’exécuta en lâchant la corde d’assurage. Snoop, voyant la gaffe arriver, cria « Ne lâche pas la corde !!! ». Heureusement, je venais de dire à Thomas de se vacher sur un point pour se reposer (il était presque cuit). Et je dis calmement à Snoop « Thomas est vaché ». Après, une longue deuxième partie et une température ambiante qui augmentait significativement, nous étions tous au dernier relais. Il y avait juste un rappel à faire pour rejoindre une vire intermédiaire et je pouvais passer la main à Théo pour la suite de la séance. Je laissais alors Luc se préparer, rectifiais quelques détails, puis je lui dis « Vas rejoindre Snoop et Théo sur la vire et tu te vaches deux fois sur la main courante ».  Je le laissais descendre pendant que je surveillais les autres en train de préparer leur rappel. Je constatais avec stupeur que Pauline et Thomas avaient passé les deux brins de rappel du même côté de l’anneau ! Difficile à comprendre, mais ils seraient juste descendus sur le nœud qui aurait pu traverser l’anneau de rappel à tout moment. Là, j’ai eu un gros coup de chaud ! J’expliquais alors ce qui n’allait pas et pendant qu’ils refaisaient leur rappel, je me retournais vers Luc. « Arêtes toi !!!! » criais-je en le voyant allégrement dépasser la vire où je lui avais dit de s’arrêter. Me voilà avec un gars 10 mètres plus bas que prévu. Je lui demandais de se vacher (deux fois !) sur un relais proche de lui. Merde, tout le monde avait compris où il fallait s’arrêter, mais dans ma tête, je me répétais « on n’envoie jamais un débutant en premier dans un rappel ! ». Je me suis fait prendre par le commentaire de Bruno et je suis tombé dans l’excès de confiance. Bon, il n’était plus question d’avoir une gaffe de plus à gérer. Je repassais en mode « contrôle total ». J’ai préparé les trois autres sur la deuxième corde de rappel, avec blindage entre chacun d’eux et je leur ai donné une consigne claire et répétée plusieurs fois pour leur démarrage de rappel. Impossible qu’il y ait une erreur. Puis je descendis à la vire et pendant qu’Adeline, Pauline et enfin Thomas descendaient, j’assurais Luc pour qu’il remonte à la vire. Une heure de perdue avec toute cette histoire. Je fus bien soulagé de passer la main à Théo qui de son côté assura comme un chef. Le debriefing de fin de séance fut évidemment mitigé. Bon, les fautes de sécurité ont été évitées, mais d’un point de vue pédagogique, ma séance était médiocre. A vouloir être partout avec ma corde fixe, je n’étais nulle part. Je n’ai pas eu le sentiment de pouvoir passer des enseignements sereinement à mes clients qui étaient trop dans leurs limites techniques. Pour résumer, Olivier me dit « je ne m’opposerais pas à ta VEPMSP », mais le message sous-jacent était « peut mieux faire », personnellement décevant…     

En attendant la fin des épreuves pour les copains et reprendre la formation pour deux jours de théorie, Théo me convainquit d’aller grimper une voie mythique du Verdon, « L’estamporanée », mais c’est une autre histoire…  

Sur le parking du CREPS, de gauche à droite : Max (de dos avec la casquette), Martial, Carle, Théo, Marco, moi, Eva (arrière-plan), Antoine (arrière-plan), Marie, Max, Emma, Caro, Elsa. Il manque un Max et Djé qui ont raté la photo.

Sur le parking du CREPS, de gauche à droite : Max (de dos avec la casquette), Martial, Carle, Théo, Marco, moi, Eva (arrière-plan), Antoine (arrière-plan), Marie, Max, Emma, Caro, Elsa. Il manque un Max et Djé qui ont raté la photo.  

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Commentaires
F
Hey !<br /> <br /> Super les détails, on s’y croirait !<br /> <br /> Quand je lis tout cela, je me dis que j’ai du faire des milliers de conneries et je suis pas encore mort ! Quelle chance. <br /> <br /> Fred, tu vas rectifier nos méthodes afin de vivre vieux ! Merci d’avance ! T’inquiète la pédagogie je m’en fou, balance les manip !<br /> <br /> Félicitations fred pour ta persévérance !
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Chapi Montagne
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