Il nous manquait Farouk...
Aiguille verte: Couloir Whymper, AD+/600m
Réalisé (partiellement) avec Youri le 24 mai 2015
Comme tous alpinistes avertis, Youri souhaite poser le pied sur l’aiguille verte, sommet symbolique pour les montagnards. Je l’avais vu l’année dernière échafauder des plans douteux avec des inconnus sur c2c. Omnibulé à finaliser ma liste de courses pour le probatoire de guide, je n’avais pas pris le temps de l’y emmener. Mais je m’étais dit alors que, si ce n’était pas encore fait, je le conduirais au sommet en 2015.
Nous nous retrouvons donc pour ce samedi 23 mai sur notre point de rendez-vous habituel : le parking de Mr Bricolage… Un petit détour par le vieux campeur pour acheter une corde de 60m et nous poursuivons vers Chamonix. Il est 12h. En apercevant, un centre commercial sur la nationale, je dis « Tiens si on mangeait là ?». Youri tourne la tête tout en conduisant, et quand à mon tour je regarde la route, je crie « Freine !!! » BOUM. Nous venons de taper la voiture devant nous, un gros 4x4. Le choc a été assez léger. Le 4x4 n’a rien, mais la plaque numérologique de Youri est tombée. Un peu de bricolage et un repas chrono et c’est reparti pour Cham.
La course commence. On dévale le chemin du Mont-Envers qui mène vers les échelles. Ça papotte, ça papotte, et « tiens je ne reconnais pas le chemin… ? ». Un employé de la compagnie du Mont-Blanc nous remet sur le bon chemin. Chut ! Ne pas dire que l’on est du coin… La remontée de la mer de glace est… longue… Satanée moraine, malgré tous les cairns, on s’y perd comme dans un labyrinthe. Nous arrivons aux échelles. Plusieurs groupes de randonneurs encadrés par des guides sont déjà engagés. Ça va être long. Nous nous collons au dernier groupe avec deux autres alpinistes qui vont aussi à la verte.
Après 3heures de marche, nous arrivons au refuge du couvercle vers 17h. Christophe, le gardien de la Charpoua vient de reprendre le refuge du couvercle cette année. Le refuge n’est pas encore prêt à accueillir les flots de visiteurs de la saison d’été : pas d’eau pas de chauffage. Mais c’est toujours mieux que le miteux refuge d’hiver. Allez, petite sieste avant le repas. Youri s’endort en un éclair. Moi, j’ai trop froid pour dormir. Par pure flemme, je n’ai pas monté de Tshirt de rechange, si bien que je dois garder sur moi celui qui m’a servi à la montée pour le faire sécher. Brrrhhhh…
Minuit. Le réveil sonne. Je sors voir l’état de la neige : regel médiocre. On est bon pour mettre les raquettes dès le départ. Christophe a posé quatre vis sur ma semelle le pied gauche de mes chaussures d’apli. Je les avais fait ressemeler, mais la colle n’a pas tenue. Merci à lui, car sinon c’était foutu. Je me force à petit-déjeuner alors que je n’ai pas encore digéré le repas du soir.
0h50, les nombreuses cordées pour le Whymper se mettent en marche en ordre très dispersé. Puis après 30 minutes, chacun suit sagement la trace, que Youri et moi creusons dans la neige molle. 3h00, après un pied dans une crevasse, nous sommes au pied du couloir. J’enfile mes crampons et attaque la rimaye pendant que les autres cordées se préparent. Ça passe assez bien à gauche. J’assure Youri pour qu’il franchisse la rimaye en sécurité. Il est poussé dans le dos par les autres cordées qui se jettent sur trace. Tout le monde s’agglutine au rocher et change l’encordement pour gravir la pente de neige du couloir Whymper de 650m. Nous nous faisons doubler par des cordées plus rapides en manip de cordes. Pas de souci, je veux bien profiter de la trace à mon tour. Rapidement, Youri et moi nous retrouvons en deuxième position derrière la cordée d’alpinistes qui est montée au refuge en même temps que nous. Tant mieux, car je n’aurai aimé grimper derrière les 10 autres cordées.
6h30, le col du Whymper est en vue. Je suis content. Dans ma tête, je me dis que je vais pouvoir finir ce couloir que j’avais déjà tenté en 2010 avec Sergio. Puis, Youri dit « J’ai perdu un crampon ! ». Ha ? Je me dis, on fait une pause et il le remet. Mais non, le crampon est parti dans le couloir…. Il ne reste plus grand-chose pour finir. Je propose à Youri de poursuivre jusqu’au col en lui faisant de profondes marches. 7h00, nous sommes au col. L’arrête neigeuse menant à la verte n’est pas tracée. Sans crampon, aucune chance pour Youri de passer sans tomber. Le moral s’effondre. Par chance, une des cordées en dessous a réussi à récupérer le crampon de Youri. Mais nous devons attendre. Pendant ce temps les autres cordées s’attaquent à l’arrête. Quand Youri est enfin de nouveau prêt nous sommes bon derniers et le chrono a beaucoup tourné. La face E de la verte commence à prendre le soleil, augurant les chutes des pierres tant redoutées dans le couloir Whymper. Youri préfère faire demi-tour. Si Farouk avait été là nous aurions très certainement fini ce peu de distance qu’’il nous reste avec le somment. Perso, ayant déjà mis le pied sur le sommet, je préfère privilégier la sécurité et nous commençons les rappels.
11h00, nous sommes les deuxièmes à rejoindre la rimaye, après une descente en mode gros bordel et emmêlage de cordes avec toutes les autres cordées. Ceux qui ont fait le sommet ne sont finalement pas très loin derrière nous. Un regret de plus… Le retour au Mont-Envers sera long, très long. Une bonne partie des autres cordées resterons au refuge. Allez, Youri on fera la verte une autre fois.
