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Chapi Montagne
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10 mai 2015

Préparation à l’ancienne.

2015-05-10 12

Pointe du Tuet : Ligne de Vie,  TD-/6c+(6aA0)/980m (parcours partiel – stop à L17).

Parcouru avec Philippe, Xavier et Youri.

PHOTOS

Enfin le soleil revient et j’ai très envie de grimper pour préparer les grandes courses de rocher de montagne de cet été. Je propose à Philippe, Xavier et Youri de parcourir « ligne de vie » au Tuet. Sur le papier, c’est 980m d’escalade en face sud avec quelques longueurs en 6b/6a (en zappant les deux 6c/6c+). Un beau programme à priori. J’arrive à convaincre sans grandes difficultés Philippe et Xavier de se lancer dans cette aventure. Youri est plus réservé, comme d’habitude. Alors, la veille par échanges de SMS, j’utilise la technique de coaching made-in Farouk, « Si si tu viens, tu tireras sur les clous s’il le faut, pas question de renoncer !». Le rendez-vous est donc pris pour le dimanche 4h15, chez Philippe.     

4h12, je viens de me réveiller. Mon téléphone n’a pas sonné, il s’est éteint pendant la nuit. Je saute du lit. Oups, l’estomac n’est pas encore tout à fait remis de la soirée d’hier, une pierrade copieusement arrosée de vin blanc et rouge. Je me suis couché vers 1h du matin… J’attrape mon sac et pars rejoindre Philippe qui doit déjà m’attendre dans la rue.  

« Salut, désolé je suis encore à la bourre. Tu veux bien conduire, je ne suis pas très frais ? », Philippe prend le volant avec son inébranlable courtoisie, sans dire un mot sur mes impardonnables retards. Nous partons retrouver Xavier à l’entrée d’autoroute d’Annecy nord….. Surprisssse…. En arrivant sur le gros rondpoint de l’entrée d’autoroute, des gendarmes sont sur place « Contrôle d’alcoolémie, avez-vous bu ? ». Non, répond Philippe avant de souffler dans l’alcotest électronique et d’ajouter « On part grimper !», ce qui détourne nettement l’attention du gendarme. Intrigué, il nous questionne sur la course ; suit un échange cordial. Evidemment, qui aurait l’idée de picoler avant de faire une voie de 1000m ????.... Par chance, je viens de sauver mon permis de conduire, car je suis clairement encore dans le rouge (du Chambolle-Musigny).

Après avoir récupéré Youri au parking de M. Bricolage à Cluses, nous arrivons au parking du Crêt vers 6h00. Le jour se lève sur une face totalement déneigée (ouf… premier pari gagné !). Les petits jeunes mettent la pression lors la marche d’approche, je commence à transpirer. J’élimine l’alcool… Les falaises sont en vue en moins de 15 minutes, reste à trouver la voie. Nous trouvons bien le signe caractéristique de l’itinéraire, le grimpeur rouge sur fond blanc, mais pas la longueur de départ comme indiqué sur le topo. Après plusieurs dizaines des minutes à tergiverser, Xavier se lance dans la longueur en dalle juste au-dessus du signe peint sur le rocher. Plus haut, il trouve un autre signe au relai. Cool, on est donc sur le bon itinéraire.

J’enchaine derrière Philippe. Collé à ses chaussons, je profite de l’aspiration pour rester dans la course. Au relai, il poursuit dans la longueur au-dessus de nous pendant que je fais monter Youri. Mais au bout de quelques minutes, Philippe se plaint que le 5a est un peu difficile. Du coup, on lève le nez, et Xavier découvre que l’itinéraire balisé du grimpeur rouge sur fond blanc part à droite sur une vire…. Rrrrhhhh… Dès que Youri me rejoint, j’en profite pour passer devant le petit jeune qui se démène pour dé-escalader. Quand j’arrive à la longueur suivante, je réalise que nous sommes en fait à la longueur 5. Sans le savoir, nous avons zappé les trois premières longueurs, ce qui explique nos doutes au moment du départ.

Devant moi, un 6a+ avec 19 spits. « Humm… 19 points ? Ça doit être coriace pour protéger autant !». Allez, je me lance. Les pas de grimpe sont beaux, le rocher bien adhérent, c’est très agréable de grimper entre ces cannelures caractéristiques des dalles de calcaire. C’est un peu comme grimper dans des dièdres, technique que je maitrise assez bien. J’enchaine la longueur. Cool. Le 5c suivant ne me laisse pas de souvenir particulier, je suis juste content de voir que Youri se débrouille plutôt bien. Après une transition en chaussure de trail, le 5b suivant me donne du fil à retordre. Afin, franchir le pas difficile, mal protégé, j’enfile mon avant-bras dans un trou pour faire un pied-main. Pas amusant, car la chute équivaut à un retour au sol… Philippe apprécie aussi moyennement le pas. Je poursuis dans L8, un court 6a, légèrement surplombant dont la réelle difficulté est un pas d’équilibre dans la dalle de départ. Youri zippe dans cette section… Rien n’a signalé pour L9, un 5b parmi d’autres.

Les choses difficiles commencent. Je propose à Philippe et Xavier de repasser devant, j’ai peur de trop les retarder. Philippe poursuit donc dans une traversée en 6a moyennement bien protégée. La consigne du topo indique de bien rester sous les goujons, mais Philippe en bon chamoniard ne peut s’empêcher d’aller mettre les mains dans la fissure du haut, si bien qu’il est obligé de faire des pas bien compliqués et bruyants… Xavier, que je suis comme son ombre dans cette longueur, applique les conseils du topo et réalise une belle traversée sur des petites prises de pieds. Même si cela passe bien, l’impression d’exposition est nettement augmentée par le sentiment de s’éloigner des goujons. Personnellement, j’ajoute un petit friend au milieu de la traversée, d’une part pour réduire l’engagement et surtout pour éviter à Youri une belle envolée en cas d’erreur. Cette dernière précaution sera inutile, Youri enchaîne la traversée sans faire de bruit !

Pendant ce temps, les jeunes prennent de l’avance. Encore une petite transition (on met et on enlève les chaussons, c’est un peu casse-pieds), et nous arrivons devant un 5c. Je mets un bon moment à franchir le premier pas, c’est tout lisse. Agacé, je tire sur la dégaine pour retraverser à droite dans une fissure plus facile, ce qui m’oblige à refaire une traversée délicate sur la gauche 5 mètres plus haut. Youri est de mon avis « Il est sévère ce 5c ! ». Je ressors le topo. C’est 6a à gauche et 5c à droite, je comprends mieux…

Nouvelle et longue transition, nous retrouvons nos amis en train de grimper un 6a+. Philippe est en tête et se bat avec le surplomb de sortie. Pendant ce temps, Youri joue avec une vipère en lui jetant des cailloux. Xavier qui est vaché à deux mètres du reptile apprécie avec toute sa valeur la précarité de sa situation : « Merde, j’aurai pu marcher dessus… ». Puis on entend un gros « Raaaahhhhh…. », Philippe vient de sortir du surplomb.

Xavier enchaîne avec une facilité déconcertante. Il faut dire qu’il grimpe 7a à vue en ce moment. Pour lui, un aplat foireux, c’est un gros bac. Ce n’est pas mon cas. Alors quand dans la grande traversée à droite, je me retrouve trop haut par rapport aux prises de pieds sur des aplats foireux, je fais tout de suite moins le fier. Je sors un joker : un petit friend dans une fissure et la pression redescend toute de suite. J’arrive sous le surplomb sans faillir. Un repos de quelques secondes, puis j’enchaine le surplomb du premier coup. Wouha, je suis content! Youri a plus de peine dans cette section. Quelques pas d’adhérence sont vraiment fins, et il n’aime pas trop ça.

Quand je reprends la suite de la grimpe, les deux copains ont disparu. La longueur suivante, un 6a, est splendide. Un passage tout en adhérence entre deux spits espacés avec le gaz dans le dos sollicite toute ma concentration, vraiment beau ! Youri passe plutôt bien, mais commence à montrer quelques signes de baisse de moral.

Je fais cou-cou de la main à Philippe et Xavier qui ont maintenant deux bonnes longueurs d’avance sur nous. Il y a peu de chances que nous la rattrapions maintenant. La longueur suivante est une section de 50 mètres en 3. J’accélère pour gagner du temps. Puis, je grimpe un beau 5c où je choisis le chemin le plus difficile en plein milieu d’une dalle compacte. Une erreur d’itinéraire signe d’une certaine fatigue ; promis la prochaine fois je me couche à 9h00 ! 

Longueur suivante : 6a+. Je suis un peu court sur pattes pour attraper le gros bac de sortie, du coup, je tire sur la dégaine. Xavier, à peine plus grand que moi, m’expliquera après comment il est passé « Ok, ok, je suis un gros fainéant… ».

Dernière longueur avant l’échappatoire du milieu de la voie, je grimpe ce 5c+ en comptant le nombre de longueurs que nous avons grimpé et en combien de temps. Les chiffres ont du mal à s’organiser dans mon cerveau ramolli. « Heuuuu, alors….  17 ou 18 moins 3, partis vers 7h, il 15h, ce qui fait …heuuu… flute j’arrive plus à compter… un verre ça va, deux bouteilles, bonjour les deux gars !». Je commence à entendre des voix. Etrange, y a personne autour de moi, juste du rocher, des arbres et les montagnes à perte de vue. Sans doute les effets de la très haute altitude !? Mais non, c’est Philippe et Xavier qui nous attendent depuis une heure, assis sous les arbres. « Cool, vous nous avez attendu ». On prend le temps de grignoter : pain, saucisson, fromage, pâtes de fruit, chocolat, et une bonne rasade de château la pompe (désolé, je n’ai pas monté de vin...). Repus, la motivation pour continuer en prend un coup : « C’est pas assez continu, on marche trop entre les voies », « Heu, le 6c+, il est encore devant ??? », « Flute j’ai laissé un sanglier sur le feu ! ».  La messe est dite, on file en douce par l’échappatoire. Ce sera l’occasion d’arriver à l’heure pour le dîner, nos femmes apprécieront.                         

Merci à Philippe, Xavier et Youri pour cette belle escapade. A finir, un jour…

 

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