Chapi Montagne

25 mars 2018

Merci Tardivel

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Pécloz, Couloir de la grande faille, TD-/S5/5.2/E3//1800mD+

PHOTOs

Réalisé le 23 mars 2018 avec Anthony

Pas de doute, les conditions de neige en montagne sont exceptionnelles. Les couloirs et pentes en 5.x sortent sur tous les réseaux sociaux C2C, Skitour, FaceBook. C’est le fameux Pierre Tardivel qui me met la puce à l’oriel. Quelques jours avant notre sortie, il poste un message indiquant avoir (re)fait le couloir de la grande faille au Pécloz. Du coup, je me dis que c’est l’occasion de me frotter à la pente raide. Jusqu’ici, je n’ai fait qu’une seule pente en 5.1, c’était au couloir Davin avec Farouk. J’en ai gardé un excellent souvenir avec presque zéro stress.

Quand je propose à Anthony de se joindre à moi pour le couloir de la grande faille au Pécloz, il n’a aucune hésitation. C’est une pente dont il rêve depuis le jour où il a vu la publication de Pierre Tardivel dans le magazine montagne après son ouverture. Personnellement, je n’y rêvais pas, car j’avais déjà vu le départ de la pente en passant au sommet du Pécloz quand Farouk et moi avions fait le couloir sud-ouest. Pour être honnête, s’engager dans une face nord à skis dans une pente dont on ne voit pas le bout, car elle se redresse trop ne m’enthousiasme pas beaucoup. D’ailleurs, à l’époque, je n’imaginais même pas que des fous aient pu se lancer dans cette face. C’est donc avec beaucoup de détermination que ce 23 mars 2018, je prétends à rejoindre ce club de fous.      

Notre aventure commence tout d’abord par un quiproquo : on se comprend mal sur le jour de la tentative, je pensais y aller le jeudi, mais Anthony a déplacé tous ces rendez-vous professionnels pour libérer son vendredi… Bon, j’arrive à m’arranger de mon côté et je replanifie pour le vendredi.

Je récupère Anthony chez lui à 5h30. Je souhaite partir tôt, car la météo se dégrade en fin de journée. Nous sommes au parking supérieur de Bellevaux à 6h15. J’explique Anthony qu’il faudra faire les idiots si on croise les gardes forestiers, car l’hiver, ce parking est interdit (mais ça économise 1 km de marche, alors la tentation est grande !). Nous nous engageons sur le chemin en direction de la Chapelle de Notre Dame de Bellevaux. La route est sèche. C’est un peu normal à cette période de l’année. Nous ne trouvons la neige qu’à partir de 1600m, soit plus de 700m de dénivelé avec les skis sur le dos. La descente s’annonce bien longue dans ces conditions. J’ai opté pour un chemin plus direct à la montée, pour suivre le sentier du Varapet. Ce n’est pas notre chemin de retour, mais au moins ici, on grignote vite de l’altitude. Quand nous sortons de la forêt, peu après 1600m, la face du Pécloz se dévoile. Il fait grand beau. Nous progressons avec les skis sur l’arête du Varapet. Sur notre gauche nous pouvons déjà voir la combe Claret (orientée Nord) où nous descendrons tout à l’heure. Une coulée a déjà nettoyé la face. Hmmm, j’espère que l’on pourra skier sur un reste de neige. La fin de l’arête du Varapet se redresse sensiblement sur la fin. La pente chargée de neige sur la droite est tellement peu attirante que nous décidons d’enlever les skis et de finir à pied. Anthony met même ses crampons, j’arrive à m’en passer.

Vers 1950m, nous atteignons la petite butte qui nous permet de redescendre dans la face nord.  Je m’engage avec prudence dans la pente. Il n’y a plus de trace de skis depuis le dernier passage de Tardivel. Après 200m de dénivelé, j’arrive au pied du fameux couloir de la grande faille. Anthony me rejoint. Il est avec sa planche de surf split, et les transitions sont bien plus longues qu’avec des skis de randonnée classiques. Je commence donc à gravir le couloir avec un piolet et un bâton en main. La neige est assez molle dans le cône de déjection, mais rapidement dans le couloir je trouve une neige suffisamment dure pour progresser sans difficulté. Cool ! L’ambiance est magnifique dans ce couloir encaissé et Anthony est aux anges. On se relaie de temps en temps pour faire la trace. La neige s’annonce parfaite pour la descente, ni trop dure, ni trop molle. C’est Anthony qui est en tête à la fin du couloir. Je lui conseille de sortir sur la droite pour éviter un petit verrou au-dessus. Je sais pour avoir vu plusieurs photos que la sortie est plus facile ainsi.

Après le couloir, l’ascension n’est pas finie. Nous avons encore 100m de pente de neige à grimper, mais la qualité du manteau neigeux se dégrade. Je suis devant et j’enfonce les jambes au-delà des genoux. Je prends le temps d’étudier les couches de neige. C’est assez mauvais, à l’évidence si je ne fais pas partir la pente à la montée, je suis quasi sûr de tout faire tomber à la descente avec les skis. Je rebrousse chemin pour trouver une alternative. Je reprends en remontant droit vers un petit mur rocheux avec l’idée de traverser sur la gauche en le longeant. Anthony préfère aussi cette option. Je passe ensuite la petite barre pour me retrouver dans une neige croûtée et gelée. Aucun souci pour grimper, mais là aussi, la descente à ski s’annonce très tendue car il n’y a aucun droit à l’erreur au-dessus d’une falaise de plus de 400m…

J’atteins le sommet à 11h15. Anthony me rejoint quelques minutes après. Nous ne nous attardons pas. Je propose de longer l’arête ouest dans un premier temps pour éviter les dernières pentes douteuses que nous avons grimpées. Je pars devant. Je me méfie, car évidemment il n’y a aucune trace dans cette section. Je coupe la pente pour la tester. La neige semblant stable, j’engage quelques virages, tout va bien. Anthony me rattrape. Je rejoins notre trace de montée au moment où la pente se redresse sérieusement. Encore une fois, deux petits virages me rassurent sur la qualité de neige. Je poursuis jusqu’à atteindre le couloir de la grande faille. Depuis le haut, je me dis « ça a de la gueule !! ». Il faut assurer les virages, car même si la neige est excellente, un gros déséquilibre m’entraînerait illico 300m plus bas. J’y vais tranquille, un virage l’un après l’autre, puis je me pose dans un coin pour laisser Anthony surfer à son tour. Pour lui, zéro stress. C’est un excellent surfeur, il enchaîne la descente avec des cris de joie comme un cowboy de rodéo. Philippe m’avait dit qu’il est fort. Je confirme. Nous enchaînons ainsi à tour de rôle notre descente. Personnellement, plus j’avance, plus je prends confiance et sur la fin j’enchaîne les virages comme dans une grosse pente comme les autres.

A la fin du couloir, c’est la séance de félicitations mutuelles. Quelle descente ! Quelle ambiance ! Un grand merci à Pierre Tardivel d’avoir découvert cet itinéraire. Maintenant, il faut rentrer, et ce n’est pas fini. Tout d’abord, 150m de dénivelé à remonter pour rejoindre le sommet de la pente du Varapet. Je fais la trace, car la pente est raide et ce n’est pas facile pour Anthony de tracer avec ses gros « skis splits ». Au sommet de la remontée, je vois un groupe de quatre skieurs qui s’engagent dans le couloir. Ils sont montés par la voie normale, mais trop tard, nous sommes déjà passés ;-). Et sincèrement, je suis bien content d’être sorti du couloir avant qu’ils ne s’engagent, car on aurait été bien arrosé de neige.      

Nous poursuivons en skiant 150m dans la pente du Varapet (ouest du Pécloz). Là aussi, je fais gaffe, car la pente est raide et a déjà commencée à chauffer. Puis, nous basculons dans la combe Claret où nous retrouvons une neige poudreuse agréable à skier. Vers 1500m, après avoir traversé une vielle coulée, nous commençons à trouver une neige bien lourde. Puis nous entrons dans la forêt, et sans surprise, c’est la galère qui commence. La forêt des bauges est bien trop fournie pour le ski. Il faut encore descendre 100m pour retrouver le chemin d’été qui nous ramènera au parking. Sur la fin, nous sommes obligés de deescalader avec les piolets le goulet gelé du couloir d’avalanche. C’est idiot, mais c’est un des moments les plus tendus de notre sortie…

Enfin, nous remettons les skis sur le dos pour une longue marche jusqu’au parking. Peu avant d’arriver, nous trouvons une camionnette des CRS de montagne « honteusement garée » sur la route de Notre Dame de Bellevaux, bien au-dessus de notre emplacement. Ils ont été bloqués par un arbre qui barre la route, sinon, ils se seraient garés à la Chapelle. Moi qui avais des scrupules à me garer sur le parking du haut… Je pense que c’est les quatre skieurs que nous avons vus au sommet du couloir. Allez, on les pardonne, on est bien content de les voir arriver quand on est dans la galère.

Voilà, 8h de randonnée au total, et grosse surprise, 1800m de dénivelé au lieu des 1300 que je pensais avoir lut sur le topo. Je comprends mieux pourquoi je commençais à fatiguer…

Posté par fchapi à 12:03 - Ski de randonnée - Commentaires [4] - Permalien [#]
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Commentaires

    Superbe
    Bravo
    Tjs à l affût !

    Posté par Farouk, 25 mars 2018 à 12:39
  • Quelle forme en ce moment !

    Posté par Youri, 25 mars 2018 à 20:40
  • A l'affut et affuté le Fred !

    Posté par Youri, 25 mars 2018 à 20:41
  • Avec le récit c est encore mieux
    C est bien tu analyses les couves bisous de neiges maintenant !
    Chapeau

    Posté par Farouk, 02 avril 2018 à 23:08

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