Chapi Montagne

26 décembre 2017

Mais que s’est-il passé?

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Un peu à la dernière minute, Farouk décide de venir passer quelques jours au chalet entre Noël et le jour de l’an. Je suis super content, car il y a plein de neige cette année, et cela veut dire que nous allons bien randonner. Il arrive à Aillon le 25 décembre au soir. La première sortie est donc prévue pour le lendemain (on ne perd pas de temps). Après étude du BRA, on décide de refaire une tentative sur la face ouest du Grand Parra dans les Bauges, où nous avions renoncé il y a quelques années, car les conditions étaient médiocres. Le BRA indique un risque niveau 2 et rien de particulier sur les pentes ouest, donc a priori ça passe, sauf une petite annotation qui indique « peu d’information ».  

Je retrouve Farouk à 6h45 sur le parking de la Compôte. Puis nous poursuivons ensemble vers le parking du Vallon de Bellevaux. Nous commençons vers 7h30 à remonter la route qui mène au pont de l’Oratoire. Le temps est couvert. Après avoir traversé le torrent, nous nous trompons de chemin, ce qui nous donne l’occasion de faire un peu plus de dénivelé que prévu.

De retour sur le bon chemin, nous débouchons sur les Prés Rousset, où nous apercevons notre objectif et les pentes Est de la dent d’Arclusaz (une autre pente à faire).

A l'attaque du sommet, il n’y a pas de trace. Je monte sagement dans la pente en sondant la neige régulièrement avec mon bâton. Il n’y a pas une grosse couche et nous avançons sur un fond bien dur. Farouk se tient sagement à une vingtaine de mètres derrière moi. Puis je passe une petite épaule qui me conduit sur une pente secondaire. J’évite de monter sur l’épaule, car la neige a été soufflée et il ne reste que de la glace.

Dans la pente secondaire, je fais une longue traversée sur la droite pour revenir sur la gauche sous le ressaut le plus raide. J’espérais passer dans un petit goulet, mais la neige est trop dure et la pente trop raide pour que les couteaux accrochent suffisamment. Je décide donc d’enlever les skis pour passer cette section de 5 à 6 mètres. Là, je réalise que les conditions de neige sont totalement différentes. La couche dure sur laquelle nous avancions se brise sous le poids de mes pieds et la couche de neige en dessous est très inconsistante ; pas bon… Farouk me rejoint et enlève également ses skis. Je me dis que je n’ai que 6 mètres à traverser pour retrouver la petite épaule croisée auparavant et qu’au-dessus tout ira mieux.

Mes skis sur le sac, je commence à avancer. A chaque pas, je casse la croûte de neige. Au troisième, je commence à me dire que cela ne va pas le faire. Je relève le nez et là je vois la pente qui commence à partir. Sans hésiter une seconde, je déclenche l’airbag. Farouk s’accroche à moi et nous commençons à glisser. Ça accélère. Je m’enfonce dans la neige, commence à avaler de la neige, puis l’airbag me remonte à la surface le temps de prendre une bouffée d’oxygène. Là, ça va vite. Je suis chahuté au passage d’une bosse. Heureusement, je n’ai rien vu dans la pente, rochers ou arbres, sur lesquels je pourrais venir m’écraser. Je m’enfonce à nouveau dans la neige, recrache encore de la neige, puis remonte en surface. Je ralentis, et enfin je m’arrête. J’arrive à m’extraire de la neige sans difficulté, mes jambes étaient ensevelies seulement jusqu’aux mollets. Ma première réaction est de chercher Farouk. Il est debout 50 mètres plus haut. Je lève un bras pour lui indiquer que tout va bien. Il en fait de même. Ouf ! On l’a échappé belle. Même si l’avalanche n’était pas si importante (il n’y a pas trois mètres de profondeur), nous avons tout de même glissé sur près de 300 mètres en emportant la pente sur 50 mètres de large.

Farouk me rejoint. Il m’explique avoir attrapé mon sac au début et l’avoir lâché au deux tiers de la pente. Il boîte. Il a une douleur importante au genou gauche. Moi aussi, j’ai une petite douleur au genou droit, mais rien de très sérieux. Une petite tape sur les mains. Nous échangeons vaguement quelques mots de réconfort, mais nous ne nous étendons pas. Nous ne sommes pas fiers. Farouk pense pouvoir descendre malgré la douleur. Tant mieux, parce qu’on n’a pas de réseau pour appeler les secours.   

Il a perdu un ski et un bâton, moi seulement deux bâtons. Je ne sais pas comment dégonfler mon airbag. C’est idiot, car le vent s’est levé et je me retrouve avec une belle prise au vent.

Farouk commence par marcher, mais son genou lui fait vraiment mal quand il doit retirer le pied lorsqu'il s’enfonce dans la neige. Il remet son unique ski pour descendre au mieux. J’ouvre une trace sur mes deux skis pour lui permettre de s’enfoncer moins. Notre trace de montée a presque disparu sous la neige qui tombe maintenant. Pendant que j’attends Farouk, j’essaie de lui trouver une branche de bois qui puisse lui servir de bâton. Je lui trouve un pauvre morceau de bois un peu court qui le dépanne. Arrivés au chemin forestier, nous enlevons nos skis. C’est plus facile pour Farouk d’avancer en marchant sur la neige dure.

Sur la fin, je pars devant pour remonter la voiture sur le chemin et éviter à Farouk un petit kilomètre de marche. Avant de repartir le chercher, je préviens Lorraine et lui demande d’avertir Sandra. Nous ne serons pas de retour à l'heure prévue…

Conclusions :

  • Après consultation, Farouk aura 4 à 6 mois de convalescence. Je m’en tire avec seulement 3 semaines sans sport.
  • Le sac airbag est vraiment utile. Pendant la chute, je me disais qu’au moins j’aurais la tête protégée si je tapais un obstacle. Et encore une fois, Farouk m’a bluffé avec sa présence d’esprit quand il a attrapé mon sac au départ de l’avalanche. Par contre, il faut lire la doc, pour au moins savoir replier l’airbag sur place.
  • Le BRA est essentiel pour préparer sa course, mais garder l’œil sur le terrain reste primordial.
  • Notre plus grosse bêtise aura été de se regrouper au moment du passage délicat.
  • Dans la journée, j’ai appelé le PGHM de l’Isère pour les prévenir que nous avions laissé du matériel dans la pente. L’opérateur a été surpris, mais a apprécié la démarche.  

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Posté par fchapi à 16:28 - Ski de randonnée - Commentaires [0] - Permalien [#]
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