Chapi Montagne

15 août 2017

Rien à regretter.

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Grandes Jorasses - Pointe Walker : Arête des Hirondelles

le 15 aout 2017 avec Farouk 

PHOTOs

Après notre succès au Râteau avec Youri, Farouk et moi sommes bien motivés pour tenter un truc plus difficile. Les Grandes Jorasses reviennent dans les esprits. Il semble possible de faire l’arête des hirondelles et un retour par la voie normale dans les deux jours qui viennent, mais nous avons une grosse incertitude sur les conditions du glacier. Nous décidons de tenter notre chance, car dans tous les cas, nous aurons le plaisir de voir le futuriste bivouac Gervasutti et un des rares coins du massif du Mont-Blanc que nous n’avons pas encore visité.

9h00, nous garons la voiture dans la vallée du Val Ferret. Nous pouvons déjà apercevoir depuis la vallée le bivouac Gervasutti perché sur son îlot rocheux entouré de glaciers. La vallée est très active. Beaucoup de randonneurs se promènent déjà sur la route. Notre sentier de montée semble moins utilisé. Nous partons d’un pas rapide tout en papotant, comme ça on oublie un peu le poids du sac. Le panonceau indiquant le bivouac au niveau de la passerelle qui enjambe le torrent, indique 3h30 de marche. Rapidement, Farouk aperçoit des randonneurs bien au-dessus de nous. Nous qui pensions être seul, c’est raté. Nous les rattrapons 1 heure après au niveau des cordes fixes (bleues) qui permettent de gravir tranquillement le raidillon rocheux donnant accès au vague plateau où se trouvait l’ancien refuge de Frébouze (détruit). C’est un couple qui monte juste pour visiter le bivouac Gervasutti (étonnant). Depuis le plateau, nous apercevons aussi d’autres groupes de randonneurs plus haut. Mince alors, on se croirait à Chamonix ! Je commence à me demander si nous allons avoir de la place au bivouac.

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Vers 11h30, nous arrivons sur place. Trois alpinistes lituaniens sont déjà installés. Il y a aussi trois touristes italiens en mode « Squat ». Ils ont rempli tous les placards de bouffe et semblent glandouiller toute la journée autour du bivouac. Affamés, Farouk et moi en profitons pour leur piquer un paquet de spaghettis. Il faut dire que nous avons pris le strict minimum. Puis après une petite sieste, j’engage la conversation avec l’un des Lituaniens, Petras, le seul qui parle bien anglais. Ses deux compagnons ont déjà fait la reconnaissance du glacier pour faire un dépôt de matériel au col des hirondelles. Plus ambitieux (ou plus fous) que nous, ils visent une traversée des Grandes Jorasses en trois jours avec un bivouac à la pointe Whymper. L’objectif est risqué, car une perturbation est attendue dans deux jours.  Quoi qu’il en soit, cela nous rassure de savoir que le glacier passe, malgré quelques ponts de neige délicats, dixit Petras. Nous passons donc le reste de la journée à étudier les topos de nos nouveaux amis lituaniens qui visiblement ont beaucoup mieux préparé leur affaire que nous. Le bivouac est vraiment très confortable (couchettes propres, plaque de cuisson, PC). Son design futuriste est en complet décalage avec l’environnement et je comprends tout à fait les randonneurs qui viennent juste faire une montée à la journée pour visiter de lieu insolite.  

1h30, je suis réveillé avant l’heure prévue. Je me lève pour faire chauffer de l’eau. Farouk me retrouve un peu avant 2h. Les Lituaniens sont partis à 1h, ils ont de lourds sacs à porter. Vers 2h30, nous partons en direction du col des hirondelles en espérant suivre la trace de nos prédécesseurs. Mais repérer les marques de crampons sur le glacier en pleine nuit n’est pas très facile. Nous y arrivons plus ou moins bien avec un peu de sens pratique (il faut bien éviter les crevasses !). La pente se raidit et je commence à regrette d’avoir pris un simple piolet de marche plutôt qu’un bon Quark. En plus, j’ai oublié de pendre quelques pitons pour une retraite éventuelle sur l’arête. J’ai mal préparé cette sortie. Plus nous montons, plus les crevasses se font sentir. Les Lituaniens sont passés, mais je les trouve un peu gonflés, car certains ponts de neige sont très très délicats. Le pire est de suivre une trace en passant sur un maigre pont de neige et de réaliser que nous sommes dans un cul-de-sac, entouré de crevasses abyssales et larges de plusieurs mètres. Il faut alors repasser sur le sal pont de neige... Je retrouve la bonne trace des Lituaniens, mais elle vient à nouveau franchir un pont de neige très délicat au niveau d’une énorme crevasse. Voilà 2h30 que nous errons sur ce glacier tourmenté et nous n’avons fait que la moitié de l’approche. Les alpinistes lituaniens sont au-dessus, mais pour moi c’est trop. Je préfère arrêter là la prise de risques. Farouk est déçu, il râle un peu, mais n’insiste pas. Pour moi, la montagne sera encore là l’année prochaine et il sera toujours temps de refaire cette course, mais dans de meilleures conditions.

8h00, nous sommes de retour à la voiture. Farouk me dépose à la maison vers 9h00 et fonce vers Paris. Nos épouses respectives sont bien contentes de nous voir de retour si tôt, elles qui sont toujours inquiètes de nous voir partir tous les deux. Il est vrai que Farouk et moi reculons rarement dans nos tentatives, mais la preuve est là : nous sommes capables de renoncer si c’est trop chaud.

Par la suite, j’ai eu l’occasion d’échanger par email avec Petras. Ils ont également dû renoncer. La fissure Rey, le passage difficile de la voie, était enneigée, rendant son escalade trop délicate. Ils sont donc redescendus au bivouac (arrivée à 22h00 !). Le lendemain, ils ont tenté la traversée dans l’autre sens depuis le refuge Torino, mais ont également dû s’échapper depuis le milieu de la traversée (au bivouac Canzio), car le mauvais temps arrivait sur eux. Comme quoi, nous n’avons rien à regretter.                       

Posté par fchapi à 10:46 - Alpinisme - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires

    Rien à regretter si on la fait un jour
    .... prochain j espère
    Merci

    Posté par Farouk, 23 août 2017 à 18:06

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