Chapi Montagne

19 avril 2015

Grosse douche

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Les Courtes : Voie des Suisses, D+/IV/ICE3/800m 

Parcours partiel avec Farouk le 18 et 19 Avril 2015

PHOTOS

Enfin les vacances, je suis impatient de retrouver Farouk pour notre WE montagne, mais comme d’habitude la météo, très changeante, vient perturber nos plans. Nous hésitons beaucoup entre différentes options (ski, Alpi, Suisse, Ecrins) puis au final, je décide d’aller aux Courtes faire la voie des Suisses. Il y a longtemps que je veux faire cette voie avec Farouk et les météorologues se plantent tellement souvent que j’espère avoir un grand ciel bleu pour le dimanche. Nous partons donc le samedi midi pour les Grands Montets avec de gros sacs sur le dos. Sur le glacier d’Argentière, la météo est splendide. Que c’est bon d’être ici, loin des tracas du boulot! Nous plantons notre tente sur le glacier, loin des séracs séparant les Courtes et les Droites (merci à Ovidiou pour le bivouac tout bien creusé ;-). Puis nous allons faire une reconnaissance de la rimaye avec les skis de rando. Une bonne couche de neige a recouvert toutes les traces, je refais donc cette trace d’approche en louvoyant entre les crevasses et évitant au mieux les grands séracs sur la droite. Je stoppe dix mètres sous la rimaye. La neige est tellement profonde qu’il devient très pénible d’avancer. Nous espérons que le regel nocturne nous permettra de mieux progresser dans cette section.

La nuit est courtes mais agréable dans nos gros duvets. Nous sortons de la tente vers 3h00. Il fait beau. Cool ! A 4h11, après un bon petit déjeuner étoilé, nous sommes prêts. La trace effectuée la veille s’avère très précieuse pour retrouver la rimaye. Au loin, nous apercevons les cordées qui partent du refuge d’argentière. C’est bon signe, la météo doit être correcte sinon ils seraient restés au lit. 5h00, j’attaque la grimpe. J’enfonce encore beaucoup dans la neige, le regel n’a pas assez été mordant pour durcir la couche supérieure. Je fais une première tentative de passage de la rimaye là où j’avais repéré la veille. Puis, j’aperçois sur la gauche un passage qui semble plus facile, je me décale de 10 mètres, et zou, je traverse la rimaye ! Merde. Je ressorts sans trop de difficultés pour retourner à ma première idée. Quelques marches creusées dans la lèvre supérieure me permettent de passer. 10 mètres plus haut je croise une nouvelle crevasse mais très facile à passer grâce à une bonne section de glace au-dessus.

On avance en corde tendue dans les premières pentes de neige. Le jour se lève, c’est beau. Puis, je passe par la droite dans une section mixte facile. Je débouche un peu trop haut par rapport au premier couloir et je suis obligé de faire une traversée sur des dalles enneigées un peu douteuses. Farouk me rejoint. Le temps se couvre, il commence à neiger. Flute... Devant, nous le premier ressaut. Ça ne semble pas bien compliqué, mais nous commençons recevoir pas mal de spindrifts sur la tête. Je grimpe la première moitié de la goulotte et trouve un relais sur pitons. Farouk me rejoint sur ce relai peu confortable. Je reprends la grimpe. Les spindrifts augmentent très sensiblement. Je sors péniblement de cette goulotte où j’ai pris beaucoup de neige sur la tête. Quand Farouk monte à son tour, c’est pire ! Il est obligé de s’arrêter plusieurs fois pour laisser passer de grosses coulées. La suite est une grande section en de neige. Je propose à Farouk de passer en tête, je sais qu’il se débrouille bien dans ce type de terrain et cela me permettra de m’économiser car contrairement à ce que l’on pensait, nous venons seulement de franchir le premier ressaut. Je rejoins Farouk au pied de la deuxième goulotte. Les spindrifts se sont transformés en un flot continu de neige dévalant la goulotte. Pas bon ! Je tente de grimper, mais impossible de relever la tête pour voir où j’avance. Je décide de passer par une section de mixte à droite de la voie. Après 50 mètres de grimpe, je fais relai. Farouk me rejoint et on commence à évaluer nos chances de sortir. Il est 12h30. Nous avons mis 6 heures à faire la moitié de la voie et la météo ne donne aucun signe d’amélioration. La goulotte à notre gauche est transformée en une rivière de neige. Allez, la retraite sera compliquée mais il vaut mieux faire demi-tour. Je sors mon portable et vois que j’ai du réseau. J’appelle Lorraine et luis laisse un message « Nous sommes à mi-parcours de la voie. La météo est mauvaise. Nous faisons demi-tour. Si tu n’as pas de nouvelle à 19h00, appelle les secours… ». Farouk me dit « Bah dit donc tu n’as pas peur de laisser ce genre de message !!! ». Je sais, ce n’est pas cool, mais si on reste coincé dans la voie et sans réseau mobile, j’aime autant me dire que Lorraine a appelé le PGHM.

Je commence les rappels en longeant les rochers en rive gauche. Tout se passe bien : pas de coincement de corde et chaque descente je trouve toujours un bon béquet à 45 mètres. Le passage de goulotte est une douche continue de neige sur la tête, à la limite de l’avalanche. La rimaye franchie, c’est le soulagement. Nous sommes presque sortis d’affaire. Pendant que je rechausse mes skis, je suis obligé de vider plusieurs fois le trou dans lequel ne me suis installé tellement la neige dévale la pente.

Nous n’avons plus nos traces du matin pour retrouver la tente, et la visibilité est médiocre, on avance au flair avec nos skis aux pieds… Puis Farouk, me dit « Regarde l’avalanche !», je me retourne, une grosse coulée dévale des grands séracs sur notre gauche. A notre droite, il y a toutes les crevasses que nous avons rencontrées à la montée. Nous sommes piégés… Je regarde l’avalanche foncer vers le bas. Les secondes sont interminables. Je commence à me braquer sur les jambes. Mais l’avalanche passe à côté de nous, à une centaine de mètres. Ouf, on l’a échappé belle. Nous ne sommes même pas secouer par le souffle. L’avalanche était peut-être plus impressionnante que virulente. Une bonne frayeur tout de même… 

Nous arrivons finalement à notre tente à 17h00, pas mécontent d’être sortis indemnes de cette aventure. Nous retrouvons le parking des Grands Montets à 19h. Personnellement, j’ai eu ma dose de neige pour cette année, maintenant vive la grimpe au soleil !

 

Posté par fchapi à 08:41 - Alpinisme - Commentaires [0] - Permalien [#]
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